Témoignage CAI n°1

18 Novembre 2010 , Rédigé par collectif FLE sud est Publié dans #TEMOIGNAGES

Bonjour,

 

 Je puis vous apporter le témoignage d’un ex-formateur FLE/CAI. J’ai eu en charge des publics CAI de 2003 (nous avons fait partie des départements pilotes) à 2009, année où notre marché n’a pas été reconduit. Je ne m’appesantirai pas sur les raisons pour lesquelles le marché nous a été « soufflé » parce que je ne connais pas tous les tenants et aboutissants de cette affaire, mais je peux vous parler de la façon dont j’ai perçu au long de ces années, ce dispositif.

 

 Si l’intention première, ou du moins une des intentions affichées par les pouvoirs publics pour mettre en place ce dispositif, à savoir faciliter l’intégration des nouveaux arrivants, est louable, admettons tout de même que la pratique quotidienne finit par donner le sentiment au formateur qu’il fait « ce qu’il peut avec les moyens qu’il a » pour que les personnes qu’on lui envoie ne soient pas trop démunies (linguistiquement parlant) au terme de leur formation.

 

 Je parlerai essentiellement du principe de l’accueil permanent (qui certes n’est pas pratiqué que dans le cadre du CAI) et qui fait qu’il est, dans le cas où il y a beaucoup d’entrées, impossible de conserver longtemps un groupe de niveau. En d’autres termes des stagiaires totalement débutants nous sont régulièrement envoyés au lance-pierre pour intégrer un groupe où certains sont là depuis 6 mois ; et même si les responsables pédagogiques ont réinventé pour remédier à ça le principe des vases communicants, genre « tu refiles tes stagiaires les plus avancés à ton collègue du niveau supérieur et tu recommences au début  - problème, chez mon collègue y’a plus de place, etc, etc », autant dire que dans ces conditions, le formateur est contraint de se livrer à de perpétuelles acrobaties pour tenter d’assurer un cours de FLE digne de ce nom. Et la pédagogie, ô formateur FLE de bonne volonté qui t’investis pour favoriser l’accueil de ces migrants dans notre beau pays, tu peux t’asseoir dessus.

 Je ne parle même pas du problème des personnes en situation d’alphabétisation, qui sont bien évidemment, elles aussi, contraintes d’intégrer des groupes exclusivement FLE et qu’il faut bien « gérer », ou de celles ayant eu des parcours de vie chaotique (issus de pays en guerre, par exemple) ou accumulant des difficultés à n’en plus finir (familiales, de logement). Combien de fois ai-je eu l’impression d’en laisser à l’abandon, faute de pouvoir (ou de savoir correctement) m’en occuper…

 Les autorités compétentes argueront du fait que les moyens financiers et les flux migratoires interdisent de procéder autrement, à savoir d’organiser des sessions (et c’est sans doute pas demain la veille), il n’empêche, on a nettement l’impression de faire de la formation au rabais (je précise que cette impression était partagée par l’ensemble de mes ex-collègues).

Certes, on m’objectera que par exemple les profs en ZEP ont eux aussi ces problèmes (d’hétérogénéité) et bien d’autres, même s’ils ont en principe un statut bien plus enviable que le nôtre et il me semble droit à un peu plus de reconnaissance.

 Je ne dis pas que certains stagiaires au terme de leur CAI n’en aient pas réellement retiré des bénéfices; ceux-là ont sans doute eu le sentiment de progresser dans leurs apprentissages et  cela les a peut-être aidés à commencer à construire leur vie en France. Mais ils faisaient certainement partie des plus motivés et des mieux armés …

 Je conclue simplement en précisant que cette litanie des petits malheurs du formateur CAI ne me fait pas oublier les nombreux moments de bonheur que j’ai eus au contact de ces publics. Mais on se prend parfois quand même à rêver de conditions meilleures et pour être franc, en ce qui me concerne, j’ai envie de faire autre chose, même si je souhaiterais rester dans le domaine du FLE.

 

Voilà en gros mon sentiment général après ces quelques années de pratique. Et il y aurait encore beaucoup à dire…

J’espère que ce témoignage retiendra votre attention, en tous les cas bravo pour votre blog et bon courage pour la suite de vos actions.

 

Salutations cordiales,

 

XXX

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