Fondements de l’élaboration d’un dispositif de formation : réflexions et appel à la discussion

     Parce qu’accéder à la langue écrite et orale française est un des besoins essentiels auquel l’État se doit de répondre,

     Parce que la lutte contre l’illettrisme et l’analphabétisme doit être une priorité dans notre société actuelle,

     Parce que reconnaître notre métier, la technicité de notre travail, sa spécificité, c’est aussi reconnaître le droit des migrants en France à bénéficier des mêmes exigences de qualité de services que n'importe quel autre citoyen en termes de formation,

     Parce que nous constatons une réelle dégradation des conditions dans lesquelles sont embauchés les formateurs FLE,

     Parce que la précarité dans laquelle nous exerçons généralement nos fonctions ne nous permet pas d’accomplir pleinement nos missions,

     Parce que comme tous, nous souhaitons être reconnus dans notre métier, et que cette reconnaissance passe, entre autres, par les conditions d’embauche,

 

            Nous nous sommes accordés sur une base de critères qu’il nous semble essentiel de respecter et faire respecter dans les procédures d’embauche des formateurs FLE.

Bien entendu, nous connaissons les difficultés grandissantes rencontrées par le milieu associatif pour faire perdurer leurs actions. Cependant faut-il privilégier un travail quantitatif ou un travail qualitatif, lorsque nous constatons avec regret que les deux sont difficiles à réaliser parallèlement ?

 

            Nous invitons toutes les structures impliquées dans la formation FLE, la lutte contre l’illettrisme ainsi que l’alphabétisation*, et les formateurs FLE, qui se reconnaissent dans ces valeurs, à commenter cette charte sur le blog et la divulguer le plus largement possible.

 

 

Formation

 

            Le métier de formateur FLE, comme tout métier, requiert des savoir-faire précis, validés par la formation de référence Master FLE, sans nier pour autant l’existence des différentes formations professionnalisantes telle que celle proposée par Tétraèdre Passages sur la région PACA par exemple. Le nombre de formations aux métiers du FLE existantes étant important, nous appelons à la vigilance des employeurs quant à la qualité et au contenu de chacune d’entre elles. Mentionnons également les acquis par l’expérience de certains formateurs qu’il est important de prendre en compte au vu du contexte relativement récent de la professionnalisation de ce domaine.

 

            Ces niveaux de qualifications doivent figurer parmi les critères de recrutement de tout poste prétendant répondre aux problématiques du FLE.

Ne pas respecter ce critère, c’est estimer que l’enseignement de la langue française, ne demande aucun savoir-faire autre que celui de la parler. Nous refusons cet amalgame. Est-ce que savoir compter suffit à enseigner les mathématiques ?

N’exiger qu’un bac+2 ou 3 comme critère de recrutement (sachant que la spécialisation aux métiers du FLE n’existe qu’à partir du master) donne-t-il au futur formateur les connaissances suffisantes en terme de pédagogie et spécificités des métiers du FLE ?

Certes ce critère permet aux structures recrutantes de justifier un bas salaire, mais quelles conséquences en découlent sur la mise en place et le contenu des formations proposées aux migrants et illettrés en France ?

 

            Notons à ce propos que le Capes de Lettres modernes ou Lettres classiques valident les compétences des futurs professeurs à enseigner le Français Langue Maternelle, ce qui diffère du Français Langue Étrangère. Dans la mesure où les diplômés du FLE ne sont pas formés pour enseigner le Français Langue Maternelle, il nous semble important de préciser que les diplômés du Capes Lettres Modernes ou Lettres Classiques n’ont pas systématiquement connaissance des problématiques liées à l’enseignement du FLE. Bien souvent malheureusement, les postes en CLA et CLIN au sein de l’Éducation nationale, et même certaines heures dispensées dans des organismes privés de formation FLE, sont réservés aux diplômés du Capes, ayant l’unique certification FLE de l’Éducation nationale voire aucune formation FLE.

 

            Par ailleurs, il est fort regrettable de constater qu’une grande partie de la formation pour ces publics est assurée par des bénévoles tandis que des professionnels qualifiés ne demandent qu’à exercer.

Remplacer le travail rémunéré par le bénévolat ne revient-il pas à accepter l’idée qu’il n’est pas besoin d’être payé, ni d’être formé pour enseigner le français à des étrangers, qu’il n’est pas besoin d’avoir acquis des connaissances et des savoirs faire pédagogiques pour transmettre les codes écrits et oraux de la langue française ?

 

            Nous encourageons donc les structures liées aux métiers du FLE, à veiller aux formations initiales et continues de leurs formateurs, afin de crédibiliser les pratiques professionnelles dans ce domaine.

 

 

 

Rémunération

 

            En premier lieu, nous souhaitons rappeler la dernière grille des qualifications et des rémunérations annuelles pour un salarié à temps plein datée de mars 2009 (brut).

 

  Niveau hiérarchique Coefficient

Salaire

annuel

Tarif horaire

de base

(AF et/ou AC)

+ Préparation

(PR)

= Heure de cours (AF+PR)

Qualifiés

1er degré

C1

C2

171

186

16659,68

18121,05

     

Qualifiés

2e degré

D1

D2

200

220

19485,00

21433,50

10,71 (70 %)

11,78 (70 %)

4,59 (30 %)

5,04 (30 %)

15,30 €

16,84 €

Hautement qualifiés

E1

E2

240

270

23382,00

26304,75

12,85 (70 %)

14,45 (70 %)

5,51 (30 %)

6,19 (30 %)

18,35 €

20,64 €

  Extrait de la CCNOF

 

 

Niveau de connaissances requis pour chaque catégorie (extraits de la CCNOF):

 

A : emplois n'exigeant pas une formation allant au-delà de la scolarité obligatoire (niveau VI, éducation nationale) ou, au maximum, niveau du certificat de formation professionnelle (niveau V bis, éducation nationale).

: diplômes ou connaissances équivalentes acquises par une formation ou une expérience professionnelle ou autre (CAP, BEP, niveaux V et IV b, éducation nationale).

: bac, BT (niveau IV, éducation nationale) ;

D (2e degré): BTS - DUT - DEUG (niveau III, éducation nationale).

E : La mise en œuvre des travaux composant la fonction est laissée à l'initiative du titulaire de l'emploi qui est placé sous la responsabilité d'un supérieur hiérarchique, chargé notamment du contrôle des résultats. Les cadres débutants dans la profession, qui, pour l'exercice de leurs fonctions, doivent être titulaires d'un diplôme d'ingénieur (BAC+5 en général < loi du 10 juillet 1934, décret du 10 octobre 1937) ou de formation de niveaux I et II de l'éducation nationale, soit un diplôme de second (licence ou maîtrise) +ou troisième cycle universitaire (DEA, DESS, Doctorat) ou Diplômes de Grande école peuvent être classés dans ce niveau hiérarchique E jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Après cet âge, ils sont, selon les exigences de leurs fonctions de cadres, classés en niveau F ou au-dessus.

F : Les connaissances générales et techniques nécessaires sont celles normalement reconnues par un diplôme d'ingénieur ou correspondant à une formation de niveau I ou II de l'éducation nationale.

         


  Si nous prenons en considération les différents critères permettant le classement du formateur dans une catégorie, tout formateur avec expériences professionnelles et/ou diplôme professionnel doit être classé dans la catégorie E, et donc recevoir le salaire correspondant.

Or, il s’avère que, dans la pratique, les formateurs diplômés et/ou expérimentés sont classés D (formateurs débutants, inexpérimentés, sans diplôme professionnel et dont le travail n’implique que peu ou pas d’autonomie ni de responsabilités)** malgré les missions de type catégorie E qui lui sont attribuées.

 

Proposer un salaire de catégorie D à un formateur expérimenté et diplômé revient à ne pas reconnaitre son niveau de qualification, ses compétences, et plus largement son travail et son investissement au sein de l’organisme.

Nous jugeons donc indispensable de respecter le critère du niveau de qualification en proposant un salaire correspondant à la grille de la convention.

 

            Rappelons également que les missions du formateur vont bien au-delà du face à face pédagogique, nommé dans les textes officiels acte de formation (AF). En effet, on distingue l’AF du temps de préparation et de recherches (PR) et des activités connexes (AC).

 

Dans « temps de préparation et recherches », nous entendons :

  • identifier les besoins de la structure et du public
  • définir des objectifs de formation et la progression pédagogique qui en découle
  • créer du matériel pédagogique en adéquation avec les objectifs préalablement cités
  • mettre en place un système d’évaluation répondant aux besoins du dispositif linguistique
  • créer des séquences pédagogiques
  • s’informer continuellement sur les nouvelles réflexions, publications, outils existant dans le domaine du FLE
  • préparer l’espace préalablement à chaque séquence (mise en place de la salle, photocopies…)

 

Quant aux « activités connexes », elles comprennent :

  • accueillir, informer et renseigner les publics
  • orienter, sélectionner les stagiaires à l'entrée d'un cycle de formation
  • gérer le suivi individuel des stagiaires
  • dresser des bilans permettant l’évaluation du dispositif
  • se réunir avec l’équipe pédagogique
  • exécuter les tâches administratives (compte-rendu de séance, suivi des présences, suivi administratif des stagiaires…)
  • Développer les partenariats avec les structures extérieures afin de mettre en œuvre des projets collectifs.

 

Bien que la convention collective ne reconnaisse que 30 % de PR et AC pour 70% d’AF, au vu de la densité des tâches à réaliser pour chaque action de formation, il nous semble indispensable et plus réaliste de reconnaitre 50% de PR et AC pour 50% de AF.

 

 

Critère du temps de travail

 

            Il arrive souvent que les structures portant des projets de formation FLE, n’aient les moyens de proposer que des dispositifs minimums de formation : ateliers de deux à quatre heures par semaine.

Il faut alors considérer que les formateurs travaillant sur ces dispositifs sont dans l’obligation de travailler dans plusieurs dispositifs de formations, avec plusieurs équipes, de s’impliquer dans divers projets pédagogiques, et de se déplacer d’un lieu à l’autre plusieurs fois par semaine.

 

            Il est indispensable de reconnaître cette forme de précarité, et la charge de travail supplémentaire pour tout formateur qui cumule un ou plusieurs projets.

 

            Nous proposons donc, dans ce cadre, que toute formation inférieure à 10 heures par semaine soit considérée comme vacation, et donc rémunérée au tarif de 20 euros net de l’heure (AF+AC+PR).

Cette précaution permet d’assurer au formateur des conditions de travail décentes, mais aussi à la structure, la pérennité de son dispositif de formation.

 

 

Formation continue

 

            Le CRI PACA, pour ce qui nous concerne, propose un grand nombre de formations très pertinentes pour aider les formateurs FLE à mieux répondre aux diverses problématiques auxquelles ils sont confrontés dans leurs métiers. Ces formations sont gratuites et se déroulent généralement sur des périodes allant d’une à quatre journées.

            La formation continue étant indispensable pour être en mesure d’assurer correctement nos missions FLE, nous demandons à ce que chaque contrat de formation d’un an minimum, permette aux formateurs d’assister au minimum à deux formations du CRI PACA par an (ce qui représente un total de 2 à 8 journées).

            Est-il nécessaire de rappeler que la formation continue des employés ne peut être que bénéfique à la qualité des prestations ?

 

 

Matériel

 

            Nous demandons à ce que les structures veillent à ce que chaque dispositif de formation soit accompagné du minimum de matériel indispensable au bon déroulement des formations : tableau, feutres/craies, et lecteurs CD dans chaque salle. Ajoutons à cela que l’accès aux photocopieuses, aux imprimantes, et aux postes informatiques est indispensable à chaque formateur. Ceci est encore trop souvent lésé dans les structures de formation.

 

 

            L’adhésion au CRI nous semble fondamentale pour permettre à chaque formateur d’avoir accès aux matériaux, aux réflexions, aux avancés dans les domaines de la didactique et de la pédagogie liés aux métiers du FLE.

 

            Notons enfin l’importance de la présence d’un fond documentaire actualisé dans chaque structure répondant aux besoins des formateurs et des apprenants.

 

 

 

 

 

Fait à Marseille le 07/03/10

Par quelques membres du collectif FLE SUD-EST

 





Notes de bas de page

 

*Tout au long du texte, sous l’appellation FLE, nous incluons les notions de français langue étrangère, lutte contre l’illettrisme, français langue seconde et alphabétisation.

**SNPEFP-CGT

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