Les universitaires aux côtés des associations contre « la réforme » FLI

21 Novembre 2012 , Rédigé par collectif FLE sud est Publié dans #FLI

Nous publions ici un texte à l'initiative d'universitaires questionnant le label et les orientations du FLI, diffusé originalement le 9 novembre 2012:

 

 

Les universitaires aux côtés des associations contre « la réforme » FLI

 

 

Le 11 octobre dernier est paru le décret 2011-1266 relatif à la création d'un label qualité intitulé «Français langue d'intégration» (JORF n°0237 du 12 octobre 2011). Ce décret a pour fonction principale de créer ce label et de préciser les modalités de sa délivrance aux organismes de formation linguistique des adultes migrants.

Depuis octobre 2011, un grand nombre d’universitaires, responsables de masters FLE/FLS et enseignants / chercheurs travaillant sur les liens entre langue et intégration, a fait état de lourdes critiques à l’encontre de ce « dispositif FLI » et souligné les retombées négatives qui risquent d’en découler non seulement pour les organismes de formation linguistique et les structures associatives chargées de la formation linguistique et culturelle des migrants, mais aussi pour les migrants concernés et la formation des formateurs intervenant dans ces structures.

 

Ces critiques ont notamment été développées dans les documents suivants :

 

- une tribune signée par plus de 85 universitaires et publiée par Médiapart le 9 novembre 2011 ;

- une lettre adressée aux Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche du précédent (M. Wauquier, en novembre 2011), puis de l’actuel gouvernement (Mme Fioraso, en juin 2012 , restée pour l’instant sans réponse ;

- un article paru dans la revue VEI Diversité en octobre 2012

 

Rappelons, sans reprendre dans le détail, les principaux motifs d’inquiétude et d’opposition que nous y avons développés.

Dans ces textes, il a été rappelé qu’au-delà des valeurs qui sont véhiculées dans les décrets et le dispositif FLI (qui sont elles-mêmes contestables), le dispositif proposé reposait sur des pré-supposés scientifiques sujets à caution dans l’articulation faite entre langues/insertion, langue/culture et également, dans les spécifications didactiques introduites selon les publics. Ces problématiques ont pourtant fait l’objet nombreux travaux scientifiques qui n’ont étonnamment pas été pris en compte lors de l’élaboration du dispositif, alors qu’ils auraient pu contribuer utilement à la réflexion générale.

Par ailleurs, le dispositif pose la question de la formation des acteurs de la formation linguistique des adultes migrants. Les décrets prévoient en effet de conditionner la labellisation des structures à la qualification « FLI » des formateurs (Master FLI). Ils prévoient également que seules quelques universités proposeront cette spécialisation. Ils indiquent enfin que la labellisation des structures de formation linguistique suppose une « adhésion aux principes que sous-tend le FLI ». Cet ensemble de mesures impose donc des orientations formatives sans prendre en considération l’existant en termes de formation et de recherche. Or, de nombreuses universités ont, depuis des années, intégré dans leurs parcours de Master FLE/FLS ou Master plurilinguisme des enseignements, des recherches et des stages relatifs à la formation linguistique et culturelle des migrants, et préparent ainsi les étudiants à intervenir auprès de ces publics. Ces mêmes Masters proposent également et conjointement des enseignements qui permettent aux futurs formateurs de s’adapter à d’autres publics, d’autres contextes, d’autres espaces sociaux et géographiques, afin de ne pas générer d’« hyper-spécialisation » dommageable tant à l’insertion professionnelle des étudiants qu’à la construction d’une vue d’ensemble, nécessaire à une professionnalité de qualité. La création de Masters « FLI » nie ainsi le professionnalisme des Masters impliqués de longue date dans ce type de formation, discrédite des diplômes de master FLE/FLS ou master plurilinguisme qui ont le mérite de prémunir les étudiants d’une spécialisation trop étroite et ferme la porte à l’emploi aux formateurs pourvus d’un master FLE/FLS décrété insuffisant pour enseigner dans des organismes ou associations labellisées “FLI”. Enfin, ces directives émanent d'un service de l’État qui ne relève pas du ministère de tutelle des formations universitaires, tout en imposant des orientations formatives et politiques précises, ce qui va à l’encontre de notre position et de nos missions d’enseignants-chercheurs, qui impliquent en effet de former des étudiants dans une perspective et avec une démarche fondamentalement réflexive et critique. Aujourd’hui, la Fédération des centres sociaux et socioculturels de Paris lance un appel à la concertation avec les pouvoirs publics. Nous souhaitons nous associer à cette demande : il apparaît en effet indispensable que soient associés à la concertation des représentants de la communauté universitaire, à la fois en tant que formateurs de formateurs intervenant dans ces structures et en tant que chercheurs.

 

Les premiers signataires:

 

Laura Abou Haidar (Université Stendhal-Grenoble 3)

Jean-Claude Beacco (Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3)

Margaret Bento (Université Paris Descartes)

Philippe Blanchet (Université Rennes 2)

Luc Biichlé (Université d'Avignon)

Mireille Bilger (Université de Perpignan)

Aude Bretegnier (Université François Rabelais, Tours)

Cécile Bruley (Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3)

Catherine Carlo (Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis)

Véronique Castellotti (Université François Rabelais, Tours)

Chantal Claudel (Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis)

Didier de Robillard (Université François Rabelais, Tours)

Emmanuelle Huver (Université François Rabelais, Tours)

Cécile Goi (Université François Rabelais, Tours)

Fabienne Leconte (Université de Rouen)

Véronique Laurens (Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3 )

Nadja Maillard (Université d'Angers)

Jean-Marc Mangiante (Université d'Artois)

Bruno Maurer (Université Montpellier III)

Muriel Molinié (Université de Cergy-Pontoise)

Jean-Charles Pochard (Université Lumière, Lyon 2)

Christian Ollivier (Université de la Réunion)

Elatiana Razafi (Université François Rabelais, Tours)

Jean-Jacques Richer (Université de Bourgogne)

Jean-Louis Rougé (Université d'Orléans)

Claude Springer ( Université Aix-Marseille)

Henriette Stoffel (Université Aix-Marseille)

Marion Tellier (Université Aix-Marseille)

Patricia Von Münchow (Université Paris Descartes)

Corinne Weber (Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3)

Sylvie Wharton (Université Aix Marseille)

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