HétérogénéitéS

22 Septembre 2011 , Rédigé par collectif FLE sud est Publié dans #TEMOIGNAGES

Je souhaiterai évoquer le défi que représente, pour les formateurs/trices, la gestion de l’hétérogénéité au sein d’un même dispositif de formation.

 

En tant que formatrice FLE, ayant exercé dans le cadre du CAI ou dans des dispositifs variés (spécifiques à un territoire) visant l’acquisition de la langue française, j’ai toujours eu au sein d’un même groupe-classe un public étranger et français qui, selon leur degré de scolarité, relevaient de l’alphabétisation, du Français Langue Etrangère ou de l’illettrisme.

 

Si le point commun de ces adultes en formation linguistique est la volonté d’apprendre la langue française, travailler en tant qu’enseignant dans ce type de dispositif met en évidence la gestion d’une hétérogénéité à facettes multiples. En effet, les disparités concernent aussi bien le niveau des apprenants dans une même classe, leurs besoins, leurs profils ainsi que leur maîtrise de l’oral et de l’écrit.

 

Nous savons bien que dans une classe, l’homogénéité parfaite n’existe pas. Néanmoins l’évaluation diagnostique initiale permet de former des groupes de niveaux selon les profils et besoins des publics concernés, encore faut-il que les structures associatives disposent de moyens suffisants pour mettre en place ces différents groupes.

 

Certes, comme on l’entend souvent, le travail en groupe est une solution pour répondre à cette hétérogénéité. C’est une chance de socialisation ; il offre des possibilités d’échanges et de relations très intéressantes. Je confirme, à certains moments, et en des temps définis, il est intéressant de mélanger les types de publics mais quand il s’agit de le vivre quotidiennement, en tant que formateurs, on a l’impression de faire du travail bâclé, ne répondant que partiellement aux besoins et aux objectifs de chacun. Il est frustrant de ne pas être en mesure de proposer des activités en réponse aux besoins des apprenants.

J’invite donc les personnes qui vantent les bienfaits de cette hétérogénéité à venir constater ce qui se passe sur le terrain, à rencontrer des professionnels, et à interroger de manière objective les bénéficiaires des formations sur ce qu’ils pensent de leurs apprentissages et de leur progression.

 

Il me semble que pour répondre à cette hétérogénéité, il existe des marges de manoeuvre pédagogiques très limitées. Ces limites se doublent, pour les organismes de formation, de contraintes financières (taille des groupes, situation administrative des stagiaires, nombre d’heures de formation financées).

 

Ai-je besoin de rappeler que les objectifs de formations et les besoins pédagogiques entre une personne relevant du FLE, une de l’alphabétisation et l’autre de l’illettrisme ne sont pas les mêmes ?

Je souhaite toutefois rappeler ces quelques points…

En ce qui concerne les publics de l’immigration, le rapport au savoir, le projet migratoire sont deux composantes importantes de leur motivation en formation.

Les personnes relevant du FLE longuement scolarisées dans leur pays sont souvent très demandeuses de formation, souhaitant, le plus rapidement possible, retrouver la qualification professionnelle qu’elles avaient dans leur pays, pouvoir entrer en contact avec des français, être à l’aise dans leurs démarches administratives en France. Ayant déjà une culture scolaire, maîtrisant parfaitement l’écrit dans leur langue maternelle, elles sont très demandeuses de savoirs linguistiques en français tant à l’écrit qu’à l’oral.

Les personnes immigrés non scolarisés ne demandent que tardivement une entrée en formation. Elles le font à un moment donné pour diverses raisons : soit parce que leurs enfants qui les accompagnaient dans leurs démarches quotidiennes jusqu’ici ont quitté le foyer ; soit parce qu’elles se mettent à la recherche d’un lieu d’échange, d’apprentissage et d’information pour accéder à l’autonomie, soit pour essayer de suivre au mieux la scolarité de leurs enfants. Pour ces personnes, les objectifs sont en général les suivants : être capable de maîtriser la vie en France ainsi que celle des proches, décider, faire face aux exigences administratives et sociales de la vie en France, apprendre à lire et à écrire.

 

Quant aux personnes françaises en situation d’illettrisme, ce sont soit des personnes d’une certaine génération qui n’ont pas été à l’école, soit des jeunes sans qualification sortis du système scolaire sans avoir acquis les savoirs de base. Ces personnes en situation d’illettrisme peuvent être en défaut de maîtrise de l’écrit (lecture, écriture, orthographe) ou du calcul à des degrés très variables mais ils maîtrisent très bien l’expression et la compréhension orale. On observe alors différents objectifs de formation : sortir de la dépendance (ne plus être obligé de demander l’aide de tiers pour des démarches quotidiennes), dépasser l’échec scolaire en recommençant les apprentissages, remonter le niveau en écrit avant d’envisager une entrée en formation professionnelle, s’adapter à un changement professionnel.

 

Les approches pédagogiques pour répondre à ces différents profils d’apprenants que je viens de lister sont essentiellement différentes. Aux objectifs de maîtrise de la langue répond un cours de français (oral, écrit); à savoir une formation à dominante linguistique. Aux objectifs de gain d’autonomie correspondent des réponses de type alphabétisation et/ou actions sociolinguistiques à dominante sociale dont le but est de sortir de la marginalité ou de l’exclusion. Ils débouchent sur la maîtrise de savoir-faire sociaux.

 

En somme, il existe des hétérogénéités de public, d’objectifs, de besoins pédagogiques.

Par conséquent, mettre en place des formations regroupant des personnes relevant du FLE, de l’illettrisme et de l’alphabétisation au sein d’un même groupe, est-ce offrir une formation d’une qualité satisfaisante et est-ce répondre aux besoins des bénéficiaires?

 

Cette hétérogénéité suscite également des interrogations et réflexions sur les variétés de supports ainsi que sur les formations des enseignants...

 

Jean Seigne

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