21/06/2011 Marseille (association)

21 Juin 2011 , Rédigé par collectif FLE sud est Publié dans #OFFRES D'EMPLOI SUJETTES A DISCUSSION

Intitulé du poste:
Stage FLE. Association xxxxxx. Marseille.


Descriptif du poste:
Depuis le mois d'avril 2009, xxxxxx propose des ateliers linguistiques et des cours de Français Langue Etrangère, afin d'améliorer les dispositifs d'insertion des populations immigrées sur les résidences sociales et étudiantes,les aires d'accueil pour les gens du voyage et le CADA.
Dans ce cadre, l'association propose un stage pour un(e) étudiante en Master 1 ou 2 de FLE. outre la reprise d'actions déjà existantes, la mission consiste en trois points:
    ⁃    L'évaluation des besoins sur différents sites,
    ⁃    La mise en place d'objectifs pédagogiques adaptés pour des publics d'origines géographiques, d'âges et de niveaux de langue hétérogènes,
    ⁃    La création et le suivi d'ateliers de français.
 

 

Le poste est celui d'un coordinateur pédagogique, avec des tâches précises et complexes. N'y a-t-il pas un décalage important entre les tâches du poste, et le recrutement d'un stagiaire en FLE, à priori en apprentissage du métier de la formation FLE?

Pré requis:
Les sites étant dispersés sur Marseille et ses environs, le permis de conduire et un véhicule personnel sont indispensables.
Des expériences dans l'enseignement du FLE sont souhaitées. Un intérêt pour le domaine de l'associatif est un plus.

Désormais, le stagiaire, en cours de formation, doit déjà justifier d'expérience dans le domaine du FLE...

Lieux de travail:
Les résidences sociales, les aires d'accueil et le CADA se trouvent à Marseille et dans ses environs (Martigues, Aix-en-Provence). Les lieux d'intervention définitives seront définis après évaluation des besoins sur les différentes structures.

Dates de disponibilités demandées:
stage de six mois à compter d'octobre 2010.

Que peut évaluer le coordinateur sur une durée de six mois?

Type de contrat:
Stage soumis à convention bipartite entre l'association et l'université.

Le recours à un stagiaire pose deux problèmes: celui de sa formation et celui du public visé par les dispositifs de formation.
Un stage pensé dans son intérêt  ne doit-il pas lui permettre d'observer le terrain le plus amplement possible, pour prendre éventuellement en charge par la suite quelques fonctions plus précises? Ici, le stagiaire occupe les fonctions d'un coordinateur de dispositif de formation: aucune place n'est faite à l'observation, ni au tâtonnement. Le stagiaire FLE, en plus de savoir animer des ateliers de français, doit savoir analyser les besoins de formation des sites, mais aussi créer des outils pédagogiques performants pour un public spécifique!
Comment est considéré le public auquel on s'adresse et auquel on propose une formation linguistique?  Pourquoi les migrants devraient se satisfaire d'un stagiaire, en cours de formation?

Rémunération nette/heure:
stage à temps plein, soumis à gratification (31,1 % du SMIC, selon le décret 2008-96) dès lors qu'il excède trois mois.

Qu'attend-on encore une fois du stagiaire avec ce type de rémunération? Ni même le SMIC ne correspond à la rémunération correcte d'un tel poste.

 

Courrier adressé à l'employeur:

 

Suite à la publication de votre offre de stage FLE, nous vous sollicitons au nom du collectif Fle-Sud-Est, par le biais de ce courriel, pour vous faire part de notre stupéfaction à la lecture de cette proposition de « stage ».

Nous sommes un collectif regroupant des personnes engagées, ou intéressées de près ou de loin dans la formation FLE, avec le désir de voir évoluer les pratiques actuelles de cette discipline, mettant systématiquement les formateurs dans des situations très précaires.
Nous luttons pour la reconnaissance de la professionnalisation des formateurs FLE. Si ce professionnalisme nous importe, c'est non seulement pour espérer vivre un jour dignement de notre beau métier, mais aussi pour espérer que les migrants soient considérés comme un public à part entière, ayant des besoins spécifiques auxquels la société se doit de répondre en concertation avec des professionnels oeuvrant sur le terrain au quotidien, et non pas en se contentant de bénévoles non formés, ou de stagiaires, certes plein de bonne volonté, mais non payés.

Le stage que vous proposez correspond à un emploi de coordinateur pédagogique. Autrement dit, les tâches énumérées dans le descriptif de poste (passionnantes d'ailleurs) dépassent largement les tâches classiques d'un formateur FLE. En effet, l'analyse des besoins sur les différents sites et la conception d'outil avec la définition d'objectifs pédagogiques spécifiques à un public mobilisent des compétences supplémentaires, que seul un formateur cumulant déjà une certaine expérience dans la formation peut avoir.
Comment pensez-vous qu'un stagiaire de Master 1 ou 2 FLE soit en mesure de faire ce travail, au-delà de sa bonne volonté bien entendu ?

Par ailleurs, le stage ne représente-t-il pas une opportunité pour une personne en formation d'observer des pratiques de terrain, afin de mettre en relation ce qui a été acquis théoriquement pendant le Master avec ce qui est observé sur le terrain ?

Votre dispositif est en effet sans doute passionnant à découvrir pour un stagiaire ; cependant la coordination, à un tiers du SMIC ne correspond pas à une « découverte du terrain ».

Vous n'êtes pas sans savoir que dans de telles conditions de « stage », le stagiaire, avec toute la meilleure volonté du monde, ne pourra que subir ses fonctions, en les survolant, plutôt que de répondre sérieusement aux besoins du dispositif.

Au-delà du stagiaire à qui vous proposez un contrat périlleux, c'est le public auquel est adressée la formation qui sera lésé : tant que la formation ne sera pas assurée de manière professionnelle, c'est un leurre de penser que l'on répond aux besoins des migrants en terme de formation linguistique. Dans la mesure où les dispositifs ne sont pas en mesure de répondre à ces besoins, il ne faudra pas être surpris de l'abandon de la formation par une grande partie des migrants, et ce, à juste tire.

On ne s'improvise pas formateur FLE parce que l'on est francophone ; pas plus qu'on ne s'improvise professeur de mathématiques lorsque l'on sait compter !

Notre collectif défend une profession qui a ses propres spécificités et savoir-faire, souvent très mal connus et reconnus par les acteurs socioéducatifs. C'est pourquoi nous ne pouvons accepter de voir circuler de telles offres sans vous faire part de notre profond désaccord avec ce type de démarche.

Nous ne sommes pas sans savoir que les financements ne vous permettent sans doute pas de mettre en place un poste de coordinateur pédagogique tel que vous l'imaginez, et à la hauteur des besoins repérés. Cependant, ne serait-il pas plus judicieux de revoir à la baisse l'ampleur du dispositif de formation, en veillant toutefois à donner aux formateurs recrutés selon leurs compétences en FLE, des conditions dignes de travail, leur permettant de proposer une coordination et une formation moins intense, mais de qualité ? Cette démarche n'est-elle pas plus respectueuse à l’égard aussi bien du public auquel vous vous adressez, que de vos employés ?

Nous espérons que ce message suscitera un intérêt de votre part, et vous mènera peut-être à vous interroger sur ces problématiques de fond. Nous restons bien entendu à votre entière disposition pour tout complément d'information, ou pour tout échange à ce propos.

Bien à vous,

Le collectif fle sud-est

 

Réponse de l'emplyeur

 

Bonjour,

Je vous remercie pour ce mail (auquel je réponds un peu tardivement) qui aborde un sujet sur lequel nous nous interrogeons effectivement depuis que nous avons commencé à travailler avec des stagiaires FLE, en 2009.

Lorsque j’ai élaboré l’offre de stage en 2009, il n’y avait aucun dispositif existant dans l’association, tout à construire, et, comme vous l’évoquez également, très peu de financement. L’association n’envisageait pas de recrutement, mais le besoin en alphabétisation et FLE était réel. Je suis moi-même titulaire d’une maîtrise FLE et j’ai un peu d’expérience dans le domaine, j’avais donc alors prévu d’accompagner le futur stagiaire dans la démarche d’analyse des besoins et de conception d'outils pédagogiques spécifiques. J’avais alors conscience que le travail à fournir ne serait pas aussi chargé que ce que l’offre laissait présager. Les publics avec lesquels XXX travaillent sont effectivement difficiles à mobiliser sur des ateliers linguistiques. Il est donc vite apparu que le stage allait plus simplement consister en la mise en place d’ateliers linguistiques à l’attention de petits groupes de demandeurs d’asile, de cours d’alphabétisation à l’attention d’un groupe de gens du voyage et du soutien scolaire pour un groupe d’enfants de gens du voyage. Grâce aux précédentes stagiaires, nous avons cumulé de nombreux outils pédagogiques, qui permettent aux stagiaires suivants de ne pas être complètement démunis.

Mon erreur a été dans la rédaction de l’offre de stage et je vous remercie de l’avoir souligné. J’ai souhaité rendre l’offre de stage plus attractive sans réaliser qu’elle en devenait effectivement abusive. Je changerai donc le contenu de l’offre afin qu’elle soit plus en adéquation avec la réalité du terrain.

Mais je suis consciente également que ce stage, qui, sur le papier correspond à un poste de coordinateur pédagogique, équivaut sur le terrain à un poste de formateur FLE. Le stagiaire est placé directement en situation d’enseignement et il n’a effectivement pas l’opportunité d'observer des pratiques de terrain, C’est un aspect qui nous a posé question mais nous ne sommes pas parvenus à trouver de solution. Au-delà de l’aspect financier, obstacle principal à la création d’un poste de formateur FLE, d’autres freins s’opposent à ce recrutement, notamment la petite taille des différents sites et la particularité des publics, demandeurs d’asile ou gens du voyage. Les groupes sont très restreints, les stagiaires se sont souvent retrouvées face à des « groupes » d’une ou deux personnes, les familles arrivent et partent au cours de l’année, etc. Nous continuons néanmoins d’y réfléchir, même s’il est peu probable que des possibilités de financement s’offrent à nous dans les mois à venir.

Je vous rejoins donc complètement lorsque vous évoquez la nécessité de proposer à des formateurs qualifiés des conditions de travail dignes et de qualité, et il me semble important que je revoie la formulation de l’offre de stage, et que je continue de solliciter la direction de l’association, son conseil d’administration, ainsi que les organismes financeurs, afin de parvenir je l’espère à la création d’un poste.

Enfin, si je peux me permettre à mon tour deux ou trois remarques, je trouve peu opportun de publier sur votre site notre offre de stage entrecoupée de remarques ironiques, avant d’avoir eu connaissance de la réponse de l’employeur (je constate en effet que vous avez publié sur votre blog cette « offre d’emploi abusive » le jour où vous m’avez envoyé le mail).

Par ailleurs, je vous remercie de m’apprendre que « l’on ne s'improvise pas formateur FLE parce que l'on est francophone ; pas plus qu'on ne s'improvise professeur de mathématiques lorsque l'on sait compter ! ». Je pense possible d’échanger sur ce type de sujet sans être obligé d’user de petites remarques sarcastiques de ce genre, qui rendent la lecture du mail moins raisonnée… Il est dommage de devoir relire un mail une deuxième fois pour faire le tri entre ce type d’allégations et un contenu qui pose effectivement question.

Je vous remercie néanmoins pour ce mail, qui a alimenté notre réflexion sur cette question.

Bien cordialement,

XXX

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nadiesabe.over-blog.com 14/10/2011 18:03



Difficile il me semble d'avoir un avis (le plus objectif possible) tranché sur la question: la situation des profs de FLE est déplorable et les offres d'emploi dans leur majorité sont
scandaleuses. En même temps, comment ne pas comprendre l'embarras d'associations désireuses de répondre humainement à l'afflux de migrants démunis qui se présentent à eux? Peut-on leur reprocher
froidement d'être trop ambitieuses au vu de leur précarité financière, d'avoir l'audace de tendre à ces gens une main inexperte tandis que l'Etat montre le dos?


Tout le problème est là: je pense que ce n'est pas à ces associations qu'il faut s'en prendre, elles qui n'existent que pour combler un vide dont l'Etat et nos (ir)responsables politiques
sont les seuls coupables. Il ne faut pas attendre des associations qu'elles soient un jour un débouché sérieux pour les formateurs de FLE, car elles ne devraient pas être la principale réponse
aux besoins linguistiques de nos migrants. C'est bien vers les pouvoirs publics qu'il faut se tourner, c'est à l'Etat qu'on doit demander de jouer pleinement son rôle.