03/01/2011 AUBERVILLIERS ILE DE FRANCE

3 Janvier 2011 , Rédigé par collectif FLE sud est Publié dans #OFFRES D'EMPLOI SUJETTES A DISCUSSION

Date de publication de l'offre : 03/01/2011

> ASSISTANT PEDAGOGIQUE
> Lieu : AUBERVILLIERS ILE DE FRANCE - FRANCE
> Volume horaire : 22 h par semaine pendant les périodes scolaires
> Durée : 15 janvier au 31 aôut 2011
> Rémunération : SMIC, soit 573 euros
Comment est justifiée la rémunération au SMIC pour un poste aussi chargé : 22 heures de face à face pédagogique... ce n’est pas sans rappeler que ce taux hebdomadaire est supérieur au temps plein des collègues de l'Education Nationale (équipe à laquelle on est censé s'intégrer facilement !)… ?! Il en revient donc à proposer un temps plein de formation rémunéré 573 euros.
C'est inadmissible pour le formateur et pour les élèves.
> Diplômes souhaités : licence
Aucune licence ne permet d'être formé en FLE, puisque l’étude approfondie de cette spécialité commence en Master. Pourquoi se contente-t-on de proposer cet enseignement à des personnes sans doute pleine de bonne volonté, mais non formées quand on sait que nombreux diplômés qualifiés sont disponibles pour travailler?
De plus, considère-t-on que le public FLE mérite moins d'exigence dans les services qui lui sont proposés que les autres élèves?
> Descriptif du poste et missions : En appui à une équipe pédagogique, vous formerez en FLE des élèves, âgés de 15 à 20 ans, dont la maîtrise du français n'est pas suffisante pour intégrer une classe banale correspondant à leur âge.
Qu'est-ce qu'une classe "banale"?
> Compétences requises : Bonne connaissance du français langue étrangère.
-Capacité à s'intégrer facilement à un nouvel environnement et à une équipe pédagogique.
-Esprit d'équipe
-Sens du service public
Comment demander d'avoir un sens du service public lorsque le poste proposé participe à la mise à mort progressive du service public?
-Dynamisme
-Savoir travailler en autonomie
-Sens de l'organisation
> Date limite de candidature : 02/02/2011
> Offre émise par : XXX
> Lettre de motivation et CV à envoyer par voie électronique à l'adresse électronique ci-dessous mentionnée
> Courriel : XXX


Courrier envoyé à l'employeur :

Monsieur XXX,

Suite à la publication de votre annonce d'emploi, pour un poste d'assistant pédagogique, qui aurait comme mission la formation FLE d'élèves à Aubervilliers, nous vous sollicitons par le biais de ce courriel au nom du collectif Fle-Sud-Est, pour vous faire part de notre profond désaccord face à ce type d'offre d'emploi.

Comment justifiez-vous la rémunération de formateurs FLE au SMIC horaire ?
Le poste que vous occupez vous assure de connaître incontestablement les enjeux de la formation : vous n'êtes donc pas sans savoir que 22 heures de face à face pédagogique correspondent à 44 heures de travail hebdomadaire selon les critères de l'Éducation nationale.
La formation FLE répond aux mêmes besoins. Le temps de préparation pédagogique est tout aussi essentiel.
Nous demeurons ainsi choqués de nous apercevoir que pour le FLE, l'académie n'hésite pas à proposer une rémunération de 573 euros, admettant de la sorte de maintenir ses employés sous le seuil de pauvreté en France, et de considérer qu'ils sont rémunérés pour le temps passé en face à face sans avoir aucun travail de préparation, à moins de n'attendre d'eux aucune rigueur pédagogique. Ils peuvent dans ce cas-ci, cumuler ce mi-temps avec un autre !

Dans ce dernier cas, nous nous interrogeons sur la considération que vous portez pour les élèves relevant des problématiques du FLE. Une formation improvisée au jour le jour sans aucune préparation pédagogique reste malheureusement lacunaire !

Vous n'êtes pas sans savoir qu'une telle rémunération s'adresse à des étudiants, remplis de bonne volonté certes, mais non formés (aucune licence ne transmet de connaissances spécifiques aux métiers du FLE, spécialité qui est validée par un master), et trop occupés par leurs études, à juste titre, pour fournir le travail colossal que représente la mise en place de 22 heures de face à face pédagogiques sérieuses.
N'y a-t-il pas là une forme de déni des élèves concernés par la formation ?

En tant que collectif FLE, réunissant des membres passionnés par une discipline qui a ses propres spécificités, souvent très mal connues et reconnues par les acteurs socioéducatifs, nous ne pouvons accepter de voir circuler de telles offres d'emploi sans vous faire part de notre profond désaccord avec ce type de démarche.

Si les financements ne permettent pas de mettre en place une formation intensive telle que vous l'imaginez, ne serait-il pas plus judicieux de revoir à la baisse l'intensité de la formation, en veillant toutefois à donner aux formateurs recrutés selon leurs compétences en FLE, des conditions dignes de travail, leur permettant de proposer une formation moins intense, mais de qualité ? Cette démarche n'est-elle pas plus respectueuse à l’égard aussi bien des élèves à qui vous vous adressez, que de vos employés ?

Nous espérons que ce message suscitera un intérêt de votre part, et vous mènera peut-être à vous interroger sur ces problématiques de fond. Nous restons bien entendu à votre entière disposition pour tout complément d'information, ou pour tout échange à ce propos.

Cordialement,

 

LE COLLECTIF FLE SUD EST

 

 

Réponse de l'employeur:

 

Bonjour Madame, Monsieur,

L'offre d'emploi ne concerne pas le recrutement d'un professeur. Il s'agit d'un poste d'assistant pédagogique. Les assistants pédagogiques exercent des fonctions de soutien aux élèves en difficulté. Ils viennent en appui aux équipes de professeurs qui assurent les formations de ces élèves aux diplômes du baccalauréat professionnel ou du CAP.  Leur statut prévoient qu'ils sont recrutés sur un emploi à durée déterminée pour un temps plein, ou mi-temps sur 39 semaines par an. Ces postes, qu'il faut considérer comme des compléments d'expérience pour les candidats,  s'adressent prioritairement à des étudiants qui se préparent à des fonctions d'enseignants.

J'ai reçu plus d'une trentaine de réponses de candidats titulaires d'une master 1 ou 2 FLE motivés par cette expérience de quelques mois qu'ils considèrent comme une expérience professionnelle valorisante.  Je suis pour autant réellement désolée, que sur votre site, mon annonce ait pu être lue autrement que sous l'angle que je vous expose.

Je reste à votre disposition, Madame, Monsieur  pour tout renseignement complémentaire,


Bien sincèrement, xxxxx

 

Réponse envoyée à l'employeur par le collectif:

 

Madame,

Tout d'abord, nous tenons à vous remercier d’avoir pris la peine de répondre à notre courrier, permettant de ce fait un dialogue, nous semblant tout à fait intéressant.

Permettez-nous de vous répondre, car c'est en discutant et en débattant que les idées collectives se forgent ; ce qui nous tient particulièrement à coeur au sein du collectif.

Vous parlez dans votre réponse d'un poste d’« assistant pédagogique » qui aurait « une fonction de soutien aux élèves en difficultés » à différencier d'un poste de formateur FLE.
C'est pourtant des missions de formateur FLE qui apparaissent dans le descriptif du poste publié sur le site www.fle.fr (site de professionnels du FLE). En effet, il s'agit de
« former en FLE des élèves de 15 à 20 ans dont la maîtrise du français n'est pas suffisante pour intégrer une classe banale correspondant à leur âge ».
Les missions sont-elles celles d'un assistant pédagogique, ou celles d'un formateur FLE?
Nous ne pouvons nous empêcher de relever l'amalgame fort regrettable, qui associe les élèves ayant des besoins linguistiques relevant du domaine du FLE à des « élèves en difficulté ». En tant que formateurs FLE, nous refusons d'assimiler un élève maîtrisant à la fois une langue maternelle et la langue française (acquise généralement très vite sur le territoire français) à un "élève en difficulté". Nous préférons valoriser le bilinguisme vers lequel il se dirige en répondant aux besoins d'apprentissage spécifiques de sa situation. Certes, le français n'est pas sa langue maternelle et doit être mieux maîtrisée pour ne pas représenter un obstacle au sein de l'école, mais ceci relève de besoins très clairs et précis qu’il faut à tout prix différencier de "difficultés dans l'apprentissage" : il s'agit de besoins langagiers spécifiques en FLE.

S'agit-il d'un poste d'assistant pédagogique, auquel cas nous ne connaissons pas les outils permettant aux étudiants « de soutenir des élèves en difficulté » et il nous serait difficile de nous prononcer sur ce domaine... ou s'agit-il d'un poste FLE déguisé en poste d'assistant pédagogique, bien moins coûteux visiblement ?
Quoi qu'il en soit, rappelons qu'un 22 heures de face à face pédagogique sérieusement mené en FLE, correspond à 44 heures de travail....et plus si la personne recrutée débute...

Pour terminer, vous pouvez certes profiter des étudiants en Master FLE, suffisamment armés pédagogiquement pour espérer répondre au mieux aux besoins du public accompagné, mais aussi suffisamment précaires pour avoir à accepter ce type de proposition de travail. Il est évident que tout titulaire d'un Master devrait espérer avoir autre chose à faire que de vivre des « compléments d'expériences valorisantes ». Certes, ceci fonctionne très bien dans le milieu du FLE au vu de la très très grande précarité dans ce domaine, cependant cela suffit-il à justifier ce mode de fonctionnement ?

Vous comprendrez bien qu'en tant que collectif FLE, souhaitant oeuvrer pour la reconnaissance de cette profession et de ses spécificités, mais aussi lutter contre la très grande précarité de cette profession, nous ne pouvons approuver de telles propositions, qui nous paraissent de fausses solutions aussi bien pour les élèves relevant du FLE (associés à des élèves en difficulté et pour lesquels un étudiant au statut précaire devrait suffire), que pour les professionnels du FLE.

Nous restons à votre disposition pour tout autre échange à ce propos, et vous souhaitons par ailleurs une belle expérience avec cette classe.

Très cordialement,


Le collectif FLE.



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